4 janvier 2013

Dans l'ombre du vide ...



Dans l'ombre du vide, je me suis modernisée, adaptée, j'ai cliqué sur les onglets, pianoté sur les touches, égaré mes pensées comme l' envol de fourmis ailées sur un petit clavier. 
Dans l'ombre du vide j'ai souhaité un élan d'amour, de joie mais j'ai senti, à l'infini, un appel de la chute.
J'ai tenté des sourires et chaque jour qui passait je crois que j'ai espéré vivre mille fois comme une poupée de cire dans un musée ; éloge du temps qui ne repasse pas, mutante éphémère dans les siècles des siècles sans hymen.
Dans l'ombre du vide je me suis posée ; le temps a coulé devant les scènes abjectes des antennes : guerres, crimes, châtiments , délires, cris, peur et impossibilité. 
J'ai fermé les yeux sur les cités brûlées, ectoplasmes contaminés, cierges éteints...

Le vertige était grand. 
Le vide terrifiant.

L'ombre pourtant me protégeait, semblable à l'enceinte d'un château de cartes à jouer.




J'ai marché à reculons, juste pour le plaisir de ne plus rien voir, héritière d'un amas d'expressions bâillonnées, souveraine d'un jour sans couronne et sans pied.

Cassée...

A l'ombre du vide je me suis jetée dans les mots pour me soulager et je suis tombée dans l'abysse de la lumière des Anges.

J'ai hurlé en silence, voix bloquée, rythme soutenu, sanglots, soubresauts, vers,  alexandrins, sonnets, tout y était pour afficher la crainte bête et inadaptée d'un beau jour à venir.
Dans l'ombre du vide je crois que j'ai gagné le courage du rien et que c'était très bien.
Aimer paresser, aimer flâner le jour et la nuit dans l'espace exiguë d'une vie qui se plie jusqu'au dernier souffle de l'arithmétique horloge qui tique et taque sans arrêt dans la boutique.
Origami du temps qui laisse des traces, franches, nettes comme des coupures de peau qu'un rasoir rouillé aurait eu la délicatesse de tracer sur l'amour désuet.

Dans l'ombre du vide je crois que j'ai aimé mais je ne sais plus bien éclaircir ce mystère...

farouche 
beau 
tendancieux 
éternel 

Ou alors, simple, pur, comme le souffle des couleurs et des parfums des prés...

J'ai aimé prendre le risque d'une disparition de peau, devenir poupée de cire aux yeux durs, dragon de jade et d'ambre, bibelot de rubis ou d'étain, galet qui roule, ailes de libellule qui frétillent en plein vol avant d'être épinglées à côté d'un Parides Phonitus sur une planche de velours rouge.

J'ai aimé effilocher les serments de la lune, les disloquer dans l'air du temps et rire à gorge déployée, seule...
Aimé courir, chanter, danser...
Aimé rester là, mi sombre mi éteinte en attendant tes bras...

Je crois que dans l'ombre du vide j'ai aimé être toi, juste quelques instants, me transformer en cendres et voler dans le vent ...

Annick SB         janvier  2013

Texte écrit grâce à une double consigne du Petit nuage d'Anatéa
Couverture de livre aléatoire + mots imposés. 




13 commentaires:

  1. C'est un texte magnifique que j'ai lu avec grand plaisir ainsi que celui "paresser". Une merveille.
    Merci Annick SB et belle soirée!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Denise de ton passage enthousiaste !

      Supprimer
  2. poupée de cire, toi ? tu ferais fondre la cire !
    Emma

    RépondreSupprimer
  3. Joli texte , un peu compliquée cette vie... sourires.... Belle fin de semaine

    RépondreSupprimer
  4. En effet ! La vie d'une poupée de cire n'est pas celle que l'on croit !!! Merci pour votre visite .

    RépondreSupprimer
  5. Des mots, ils sont rares dans ce monde visuel, alors, j'aime m'attacher à leur sens, à leur musique, à leur poésie.
    Merci Annick pour votre visite sur mon site. Je découvre le vôtre avec un très grand plaisir, alors, à très bientôt.
    Dan

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci à vous pour votre passage et à bientôt également !

      Supprimer
  6. Très chouette ! La couverture, à la fin, c'est un recueil version papier ou une "fausse couv" ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est du faux ; je n'aurais jamais choisi volontairement cette affreuse figure ! Voici le lien du site des éditions aléatoires : http://www.omerpesquer.info/untitre/index.php?nom=

      amuse-toi bien !!!

      Supprimer
    2. Oui, j'étais tombé sur le générateur de titres de romans il y a longtemps, c'est super bien trouvé !

      Supprimer
  7. Tiens donc, un blog qui offre d'écrire n'importe quoi et qui dégage un fumet Oulipien (Oh Grand Perec, est-tu là ?)... Je vais m'y faire une petite place, discret dans un coin, l'âme en lotus sur un coussin de mots...

    RépondreSupprimer

Ecrire un commentaire