20 février 2013

C'est étrange...




                                                                                     Chaïm Soutine  



Les murs ont des oreilles et j’entends du bruit.

Est-ce celui du pavé qui frappe sur mon crâne, du parpaing que l'on bétonne, de la roche que l'on brise, que l'on sculpte, que l'on embellit, des volets qui se ferment, des stores que l’on descend parce que la nuit est là et que le froid fait peur ?

Où bien tout simplement les gongs des portes usées qui couinent ?

J’entends du bruit ; est-ce celui des araignées qui nichent dans les pierres, des rats qui creusent, qui grignotent, qui font des galeries ?

Ou bien tout simplement les charnières des portes usées qui grincent ?

Ce vacarme c’est évident ne plait pas aux murs ; ils ont une de ces trouilles de se laisser emporter !

Peur de s’effriter, d’être rongés, de ternir, de moisir, de disparaître …

Eux qui servent d’oreilles veulent fuir, loin, très loin dans un pays où le soleil serait sain, dans un monde droit, serein où les chuchotis ne seraient que mots d’amour.

Regardez-les on dirait qu’ils s’envolent tellement ils s’affolent !

Tout bouge.
Tout tremble.
Tout devient liquide, vaporeux, sordide.

Ne serais-je heureux que dans le flou ?

J’ai mal.

Peut-être vais-je rendre.
Rendre les clés.
Rendre la main.
Rendre l’âme.

Les pierres s’enfoncent-elles dans la peau ou bien est-ce l’inverse ?

J’ai peur.

C'est étrange.

Non, drôle !

Que peut-on dire du fou rire ?
Est-il nerveux, est-il délire ?

Personne n’est témoin ; les murs sont flous, un point c’est tout et moi je me tiens à eux pour ne pas qu’ils tombent, je les agrippe, j’en prends soin, je les soutiens, j’essaie de les calmer avec mes larges mains, de les rassurer ; je leur chuchote des mots d’amour, je leur chante des airs de fête, je leur rend l’ivresse qui me contient, mais ces vilains n’en font qu’à leur tête alors, parfois, au petit matin, dépité, épuisé et vide, je les regarde s’envoler …


Annick SB       Février 2013


Thème en image de Mil et Une

8 commentaires:

  1. Dis-moi, une belle envolée des mots, de murs... pour vivre et chérir la liberté peut-être ?

    Bises

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    1. En l'écrivant je pensais plutôt à une personne qui subissait la contrainte de l'alcool.

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    2. Maintenant que tu le dis :)

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  2. C'est étrange en effet et je me pose la question de la limite entre la réalité et la folie...

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  3. et l'esprit du scripteur ondule et part à la dérive, peut être que les maisons en ont eu marre et une nuit sont parties pour voir la mer (http://www.youtube.com/watch?v=c9yNn3a1kXk)
    Emma

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  4. Que vous avez bien fait de pousser notre porte, sur Poésie Fertile, et de laisser la clé de votre logis. Les portes grincent, certes, mais le plus souvent elles chuchotent. Je constate que vous savez les entendre.

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