27 février 2013

Sous le grand fromager...




La légende nous dit que le conteur allait chaque jour au bord de la rivière choisir ce qu’il narrerait pendant la soirée…

Pieds nus, d’un pas décidé, le vieil homme sortit du village et avança pour s’asseoir sur un rocher plat.
Il ouvrit grand les yeux, respira lentement et attendit que l’air lui souffle inspiration.
Puis, il se recueillit et voilà ce qu’il se demanda, assis au bord de la rivière.

Les arbres sont-ils les garants de la vie éternelle ?
Prennent-ils le rôle de passeurs de rêve ou de donneurs de leçons ?
Protègent-ils les intrépides qui se lancent à l’eau pour un oui, pour un non ?
Nous poussent-ils à jouer à cache-cache pour qu’on les frôle?
Les bourgeons, sur leurs branches, font-ils l’amour ?
Comment le savoir ?
...

Il décida de les observer attentivement.

Les arbres, on le sait bien, osent sans embûche ouvrir grand leurs yeux pour tenter de comprendre ce qui nous pousse sans cesse à les croire immortels.

Les racines puisent l’eau de la terre ; ce n’est pas nouveau, elles creusent et s’emmêlent parfois les pinceaux et on ne sait plus trop si elles tentent d’aller eu centre de la Terre ou si elle s’arrêtent en chemin.
L’air du vent fait danser les branches ; elles craquent et plient sous le poids des fruits au point de tomber à la renverse et de glisser en contrebas.

Le vent et l’eau sont là, à fleur de terre, à fleur d’écorce, à fleur de bois…

Et les feuilles me direz-vous ?
Que font-elles pêle-mêle ?
Chatouillent-elles les nuages en jouant au plumeau léger ?
Captent-elles la lumière ?
Ne rentrons pas dans les explications compliquées de la photosynthèse !
Les feuilles tombent sur la terre, sempiternellement.
Elles entretiennent la Vie.
Protègent-elles les insectes qui souhaitent se cacher ?
Tombent-elles et heurtent-elles leurs cervelles nervurées contre des petits rochers qui ne sachant naviguer, s’enfoncent dans la vase ?
Captent-elles notre regard aussi par delà les reflets que l’eau douce nous offre ?
Elles nous fascinent, c’est certain…
Admirer simplement le feuillage c’est comme entrer dans la magie du feu.
Les arbres alors ont la tête dans les jambes.
Trois petits tours et puis s’en vont, se redressent, tourbillonnent et un matin d’ivresse brûlent sans détour.
Le feu n’en fait qu’une bouchée.
Ça bouge.
Ça vibre.
Ça vit.
Ça chante.
Ça frétille dans les toiles.
Ça chauffe les cœurs.

Le conteur se dressa ; la lumière du jour avait atteint la perfection ; les teintes et reflets étaient dignes d’un conte de fées, quand lentement, la belle choisit une calme et mortelle immersion pour fuir la venue des fantômes branchus.

Ce soir, il décida de conter : « la vie des arbres fous du bord de la rivière enchantée ».

Pieds nus, d’un pas décidé, le vieil homme revint au village et s’assit sous le grand fromager.

La légende nous dit que le conteur, chaque soir,  était fort apprécié …

Annick SB

Consigne en image de Mil et Une.

2 commentaires:

  1. Super!
    Arbre, lien entre la terre et le ciel où tout rêve est possible, sagesse du temps et mémoire de l'espace....

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  2. On a tellement à apprendre des arbres !

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