7 mars 2013

Les gens heureux...



Il faut admirer les gens capables d’être heureux.

Ceux qui se posent encore au bord du chemin, s’assoient et regardent en souriant les rayons du soleil briller en cherchant des trèfles à quatre feuilles sur le bas côté.

Ceux qui jouent au Kaiser sur une table bancale d’une petite place ukrainienne ensoleillée.

Ceux qui font pousser les graines, qui sèment et récoltent une terre inerte en sifflotant.

Ceux qui bâtissent, sculptent, cherchent, creusent, édifient encore.

Ceux qui conçoivent, coupent, cousent, brodent.

Ceux qui soignent sans fin.

Ceux qui habillés de lin prient pour implorer la paix.

Oui, il faut admirer les gens capables d’être heureux dans ce monde de cendres invisibles.

Contempler, jouer, patienter, protéger, inventer, prier…  certes, mais à quoi bon !

Il faut les admirer sans rechigner, sans hésitation, sans vergogne, juste pour le plaisir de copier peut-être leur capacité à enfouir la tête sous le sable ; on pourrait nous aussi rapidement avoir besoin de ce savoir-faire un jour ou l’autre.

Il faut les admirer silencieusement, en cachette, pour ne pas troubler leur dernière activité.

Il faut épier leur force, leur inconscience,  les tendre délicatement sur un fil de rêve accroché entre les deux plus hautes tours du pays, et se balancer  sur ce fil en faisant briller les rayons du soleil dans tout l’univers.

Il ne faut surtout pas les interrompre dans leur manière d’être, de vivre, de croire, d’espérer et garder pour nous l’atroce découverte des matières radioactives qui vont faner les plants, des radiations ionisantes qui vont tuer les enfants, des rayonnements laser qui vont aveugler les passants, des risques biologiques qui vont affamer les survivants…


Non, il faut admirer avec une grande mansuétude et une immense pitié les gens capables d’être tout simplement encore heureux.


Annick SB    mars 2013                     A lire également :    Clic !     et     Clac ! 



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14 commentaires:

  1. tellement d’occasion d'être heureux...mais encore plus de ne pas l'être.

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    1. Le monde est fou ... suite sans fin ...

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  2. Comme une grande gifle de bon matin...

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    1. Je pense qu'on n'a pas encore totalement pris conscience, hélàs, de ce qui est arrivé en Ukraine et au Japon. Alors oui, c'est une gifle de bon matin ...

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  3. Je crois que pour être heureux, il faut déjà avoir beaucoup donné sans attendre quoique ce soit en retour.

    Il ne faut pas gémir au moindre inconvénient ou soucis de santé. Cela ne sert à rien, bien au contraire il faut se battre le temps qu'il faudra.

    Et vois tu, on s'aperçoit de ce qu'est le bonheur, que longtemps après, car bien souvent, nous bâtissons nôtre bonheur, sans le savoir. En devenant "vieux " et entendant les autres gémir et se plaindre, au lieu de combattre, c'est à ce moment là que l'on comprend... Du moment que l'on a assez pour vivre et que la santé se maintient que vouloir de plus ??? Le bonheur... Il se mérite...

    Oui nous sommes heureux et n'avons pas honte de l'être .... Bises de nous deux.

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    1. Je distingue le bonheur individuel et je fais partie des heureuse mais il est vrai que je me demande vraiment comment font les gens pour être encore heureux après les catastrophes nucléaires dont ils ont été victimes ??? d'où ce texte !

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  4. les admirer, je ne sais, les envier, c'est sur, savoir qu'ils existent, qu'un autre monde est possible, ça réchauffe
    Emma

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    1. Un autre monde est possible ? Alors il faudrait se dépêcher de l'inventer !

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  5. Dans ce monde dingue, il faut garder cette capacité à être heureux et on peut être heureux tout en se révoltant contre l'inacceptable me semble-t-il... la quête du bonheur est l'espoir des peuples qui souffrent.

    Bises

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    1. Tu as probablement raison : "la quête du bonheur est l'espoir des peuples qui souffrent."

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  6. Ton texte, annick, me fait penser à tant de choses ...il est sublime !

    Je revois le "sourire soleil" des enfants en Afrique, et la capacité de leurs ancêtres à créer avec un simple bout de bois, une perle, un fil de fer ...

    Je respire à nouveau mes chemins parcourus, ceux où l'on ne fait qu'éclore et rire d'un rien .........

    Et ton design est à cette image, des mots enfouis tout en couleurs et toujours en partance .........une merveille !

    Je te pique en rêve un peu de ce fil pour me balancer ce soir entre les étoiles (ze peux ? sourire .....), je t'embrasse : sabine.

    (Pour ce soir, je ferme tout mais te mettrai dans mes liens demain, ah! oui!
    ........séduite !!!)

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    1. Merci beaucoup pour votre enthousiasme ! A bientôt !

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  7. Dérangeant, ce texte.
    Mais comme on ne peut individuellement dire non et stopper toutes les folies, les barbaries, afficher sur son visage et dans son être l'image du bonheur, voir au delà des mauvaises ondes, le coin de ciel bleu est un acte de résistance à mes yeux. Un peu comme la non-violence.
    La dernière phrase est très ambiguë. Elle me ferait penser à "l'imbécile heureux", dont le sort n'est pas enviable.
    En fait il ne faut peut-être pas évoquer le "bonheur" mais plutôt la "foi", (sans connotation religieuse)

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    1. Le mot "pitié" a une connotation négative, d'où je pense, vos sensations à la lecture de la dernière phrase.
      Je retiens votre intéressante idée de la foi athée.
      Merci !

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