23 mars 2013

Naguère...


Naguère tous les hommes s’habillaient de la même manière…

Mais Bérénice, jeune styliste provinciale ne le savait pas et s’en souciait guère !

Elle n’avait jamais regardé les hommes de près. Cela l’aurait embarrassé !

Chaque matin, elle se levait pour rejoindre ses patrons de papier et ses coupons de tissu. Elle était exemplaire à la tâche mais seulette. Le temps passait et personne ne lui avait encore tapé dans l’œil.

Un jour, sa patronne l’envoya en formation, deux jours dans la capitale ; elle quitterait l’atelier, emmènerait quelques modèles dans sa valise et logerait une nuit ou deux dans un hôtel de luxe ; quelle aubaine !

En sortant de la gare elle prit un taxi qui se gara devant un somptueux hôtel.

La salle de réunion se situait en haut de la tour et Bérénice était ravie de découvrir ce nouveau monde. Elle s’approcha de l’ascenseur et y monta dès que la porte s’ouvrit, bientôt suivie de trois messieurs.

L’ascenseur démarra.

Chacun regardait ses pieds et personne ne parlait. Ambiance pesante pensa Bérénice …

Très vite cependant elle trouva marrant d’avoir trois hommes sous la main rien que pour elle !
Elle leva les yeux discrètement. Ils portaient tous les trois un chapeau quasiment identique. Leurs parfums se mélangeaient et ma foi c’était fort agréable !
Elle tenta d’imaginer ce que pouvait faire ces hommes dans la vie et comme elle aimait inventer des histoires, elle crut voir celui au chapeau vert allumeur de réverbères ; en effet, il fermait les yeux, probablement gêné par la lumière vive qui tombait du plafonnier ou tout simplement épuisé par un travail nocturne. Elle lui trouva un air désuet et suave. Cela la fit sourire.

Elle eut envie de l’embrasser, mais …

Elle ne voyait pas le visage de l’homme se tenant devant elle. En revanche, elle aperçut ses longs doigts qui tapotaient l'étoffe de son pantalon ; des mains d’une beauté troublante, louable qui donnent envie d’être caressée, massée, palpée… Elle l’imagina chiropracteur.

Elle eut envie de le toucher mais …

Quand elle leva les yeux sur le troisième homme elle fut immédiatement surprise ; il la fixait intensément. Cela lui sembla inquiétant mais agréable. Il avait un visage parfait, céleste. Elle se préparait à baisser le regard, un tantinet troublée par son angélisme lorsque l’ascenseur s’arrêta brutalement entre deux étages.

-Zut ! dit-elle à voix haute.
-Etes-vous effrayée ? entendit-elle.
-Pas le moins du monde ! rétorqua t-elle essayant de paraître la plus détendue possible.

L’homme appuya sur quelques boutons mais rien ne bougea. Il lui lança à nouveau un regard prolongé mais néanmoins timide. Elle voulut l’apostropher mais elle eut peur de froisser les deux autres compères qui restaient eux aussi toujours muets.
Finalement, elle se décida à engager la conversation.

-Cela arrive-t-il souvent ?

Pas de réponse.
Elle toussota et reprit :

-C’est la première fois que je suis dans un ascenseur qui tombe en panne ; et vous ?

Les minutes passaient et semblaient être des heures ; de longues heures de silence. L’homme la fixait sans répondre.

Elle eut envie de le gifler mais …

C’était de plus en plus pesant ; elle baissa le regard. Elle se demanda si la panne allait se prolonger toute la matinée.
Elle n’avait pas faim mais décida de fouiller dans son sac pour se donner une contenance.
Comme elle était précautionneuse elle avait emporté avec elle quelques provisions ; elle sortit des biscuits et une bouteille de lait ; elle ne voulait pas qu’il fermente avec la chaleur et le but en fermant les yeux.

Bérénice entendit «criiiiiiiiiic » et sursauta. L’ascenseur redémarrait.

Un filet de lait coula de ses lèvres. Elle s’essuya en les tapotant.
L’homme continuait à la fixer ; lorsque la porte s’ouvrit, ils sortirent tous ensemble et elle se sentit soulagée de ne plus être prisonnière.

Elle mit la main dans sa poche pour attraper un mouchoir et ce faisant ne sentit aucun tissu ni objet métallique sous ses doigts. La poche était vide. Envolé le mouchoir ! Disparue la clé !

Zut ! pensa t- elle ; Où l’ai-je mise ?

Dans le couloir, elle vit "son" troisième homme avancer et s’arrêter devant une porte pour déverrouiller une serrure bloquée à l’aide d’un énorme trousseau de serrurier qu’il sortit de son sac.

Elle eut envie de lui faire un signe, de l’appeler :

-Psst ! Chambre 35 !

Mais… elle avança lentement vers la salle de réunion...

Naguère tous les hommes s’habillaient de la même manière…

Les jeunes filles, elles, étaient fort embarrassées à défaut d’être embrassées …

Annick SB       Mars 2013



Consigne : exo live de Vos Ecrits



Dans l’ascenseur…

L’ascenseur est bloqué au dixième étage d’un très grand hôtel.


Vous êtes dedans, en compagnie de 3 personnes que vous ne connaissez pas.


Ecrivez vos échanges ou impressions en utilisant tous les verbes ci-dessous et en attribuant à chacun de vos personnages, un métier parmi les listes proposées ainsi qu’un adjectif le qualifiant.


Vous pouvez si vous le souhaitez, prénommer vos personnages.


Prénoms : Catie, Ellen, Maud, Bérénice, Julianne, Fulbert, Lily-Ann, Théo, Philomène, Dimitri, Hortense, Fabien, Marie, Enguerrand.


Métiers :

Marinier, flûtiste, astronaute, allumeur de réverbères, océanologue, serrurier, chiropracteur, photographe, équarisseur, cinéaste, styliste, frigoriste, bibliothécaire, tonnelier.

Verbes :

S’approcher, paraître, effrayer, se soucier, préparer, emmener, se garer, se lever, inventer, croire, quitter, fermenter, froisser, prolonger.

Adjectifs :

Flamboyant, rocambolesque, placide, ébouriffé, cynique, suave, louable, mirobolant, esthétique, céleste, exemplaire, fou, médiocre, proverbial

Ce n’est pas terminé : avant toute chose, regardez le tableau de Clothilde Lassère et laissez vous guider par la toile …   Clic ! 

6 commentaires:

  1. Bonne journée avec bises de nous deux

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  2. Voilà une consigne au panier bien garni. Elle nous offre une narration romantique assez inhabituelle sous ta plume et c'est bien agréable.

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  3. comme Mony, j'aime bien aussi quand tu racontes une histoire, la consigne était fort lourde, l'image sans doute aurait suffi à faire décoller les fantasmes, belle prestation !(heureusement pasdepanick, pas de claustro dans l'équipe parce que la panique est très contagieuse)
    Emma

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  4. Tu t'es bien débrouillée malgré toutes les consignes qi m'auraient mise dans l'embarras et stopper mon imagination , seule l'image aurait pu mais en ce moment c'est la bérézina, rien de rien , je suis à sec

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  5. Bonjour Annick
    merci pour votre passage chez moi sous les amandiers.
    Je viens de lire votre texte: il épouse parfaitement les contraintes mais on ne les ressent pas: il se suffit à lui même.
    Belle la chute finale.
    Cordialement
    Antonio

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