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Sur la rade...

 


                     Nocturne de James Abbott McNeill WHISTLER : Clic !



Je suis sur la rade et j’avance au rythme de ses pas en regardant le phare qui est au loin

 

Comme si elle voulait se cacher

Pour ne pas fuir

Pour ne pas déranger

Pour ne surtout pas glisser et disparaître,

Elle me guette

Elle me guette du coin de l’œil ouvert ou fermé

Elle est fatiguée

 

Ce matin, elle s’est enveloppée du sombre de ses pensées qui s’étaient invitées au réveil les vilaines, alors que la nuit avait si bien commencé

Elle les a fait ressurgir sans bruit, petit à petit, tout le long de la journée

Juste en pointillé

Dans le long silence d’un moment accompli, de confidences, d’errances

Elle entend quelques clapotis

Ça divague

Elle prie

L’ennui a avalé tous les embruns salés ; elle sourit

 

Je suis sur la rade et j’avance au rythme de ses pas en regardant le phare qui est au loin

 

Comme elle est secrète

Pour ne pas la blesser

Pour ne pas l’atrophier

Pour ne surtout pas couler et disparaître, c’est vrai

Je la respecte

Je cache ses pensées qui sont trop dures à vous narrer

Ecran de fumée

Tout est volatile sur le port

L’ambiance

Les gens

Les vapeurs d’alcool

Les bateaux qui vont et viennent sans attache et se fixent pourtant aux amarres

 

Je lui souffle : « IL ne faut jamais abîmer ce qui peut renaître. »

 

Je suis sur la rade et j’avance au rythme de ses pas en regardant le phare qui est au loin

 

A midi elle a eu chaud

Je crois vraiment qu’elle a eu chaud si j’en crois ses tremblements indécents

Mais ça c’est une autre histoire que seul le phare connaît et tait

Je ne suis pas habilité à tout vous raconter

 

Sans vraiment les froisser, elle attrape toutes ses mauvaises pensées

Tous ses naufrages

Toute sa rage

Et dans le creux de leurs noirceurs

Elle les repasse, un à un,  comme une bonne chimère qui espère pouvoir tout recommencer

 

Comme elle est fragile

Elle s’accroche à la roche pour ne pas tomber

Humidité salée

Ses paupières clignent et s’alourdissent, je le sais

Elle s’approche et me frôle sans danger

Je crois qu’elle m’aime

 

Je suis sur la rade et j’avance au rythme de ses pas en regardant le phare qui est au loin

 

C’est le début de la soirée maintenant

Elle a envie de pleurer

Elle me regarde m’effacer

Elle se pose, elle s’adosse

Elle pense à la fée Carabosse qui a voulu l’embobiner

Et dépose à mes pieds tout ce qu’elle voulait crier et qui était resté coincé

 

Et puis, soudain, dans l’obscurité qui m’a tout ôtée, elle décide de dormir à la belle étoile, là, sur le port

Elle souhaite se laisser guider dans des pensées qui vont devenir rêves pour laisser place à tout ce qui peut arriver dans la clarté et la luminosité des songes, toujours renouvelés

 

Je fuis sur la rade et disparait au rythme de ses pas

Je ne vois plus le phare qui est au loin

Je m’éteins, et me laisse lentement bercer par sa grande beauté…

 

Annick SB   avril 2026


Proposition 315 du blog Ecriture créative : Clic !

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