Un simple morceau de bois...

 


Parce que tu avais la forme de ce qui un jour a touché mon cœur

Parce que j’ai hésité un instant entre racine ou branche

Parce que tu flottais seul, bercé par les herbes hautes

Perdu au milieu des rejetons du saule pleureur sous lequel je me réfugie souvent pour rêver

Parce que tu étais accessible

Je me suis penchée pour t’attraper

 

Je n’ai pas dû m’enfoncer dans les sables mouvants ni perdre l’équilibre

Tu étais à portée de main ; pourtant je ne t’ai pas saisi immédiatement

J’ai pris le temps de t’observer un long moment

J’avais besoin de cette pause pour laisser glisser mes pensées vers toi, vers ce que tu représentes

Je songeais aux actes qui ont marqué Ta vie et aux symboles que l’on en a tiré

Mon imagination s’imprégnait de toute la gestuelle que l’on accomplit chaque dimanche en mémoire de Toi

Je songeais aux erreurs commises des siècles durant te concernant et à ta bienveillance qui a traversé le temps malgré tout

Je pensais à ce voyage entrepris entre le Ciel et la terre, à cet aller-retour permanent de Ton souffle qui nous fait à jamais saisir la verticalité et l’horizontalité de ta présence en nous

Je me suis accroupie pour rendre grâce en me demandant ce que j’allais faire de toi une fois que je t’aurai ramassé

J’étais heureuse de t’avoir trouvé

Dans quelle pièce, à quelle place allais-je te poser ?

Pensées futiles…

 

Puis, agenouillée, je t’ai enfin saisi

En te tenant dans la main, j’ai compris notre misère ; vouloir t’enfermer dans nos vies parfois rabougries par manque de confiance et attendre sans désir on ne sait plus trop quoi, vainement

Pensées inutiles…


Alors, ce proverbe s’est mis à danser en boucle dans la tête :

« Il y a plus de plaisir à donner qu’à recevoir, Il y a plus de plaisir à donner qu’à recevoir … »

J’ai compris que tu ne m’appartenais pas

J’ai souri

J’ai senti l’envie du partage même s’il n’y avait personne sur la rive ce jour-là

Je me suis demandée qui te cherchait vraiment

Ça m’a fait réfléchir à mon rôle dans cette histoire, à ma mission, à l’imperceptible force que tu m’as offerte pour transmettre

Et comme je savais que tu attendais patiemment chacun d’entre nous, je t’ai attrapé, je t’ai embrassé délicatement et je t’ai lancé loin, de toutes mes forces, dans les remous de la rivière pour te délivrer de la prison de mes mains, de mon égoïsme, de mon désir de possession, pour que ton voyage se poursuivre, espérant qu’une autre âme à la dérive te voit, et, comme moi te fasse peu à peu totalement confiance en s’amarrant définitivement à ta puissante racine …

 

Annick SB     juillet 2026




 Proposition d'écriture ici : Clic !


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