Parce que tu avais la forme de ce qui un jour a touché mon
cœur
Parce que j’ai hésité un instant entre racine ou branche
Parce que tu flottais seul, bercé par les herbes hautes
Perdu au milieu des rejetons du saule pleureur sous lequel je
me réfugie souvent pour rêver
Parce que tu étais accessible
Je me suis penchée pour t’attraper
Je n’ai pas dû m’enfoncer dans les sables mouvants ni perdre
l’équilibre
Tu étais à portée de main ; pourtant je ne t’ai pas saisi
immédiatement
J’ai pris le temps de t’observer un long moment
J’avais besoin de cette pause pour laisser glisser mes pensées
vers toi, vers ce que tu représentes
Je songeais aux actes qui ont marqué Ta vie et aux symboles
que l’on en a tiré
Mon imagination s’imprégnait de toute la gestuelle que l’on
accomplit chaque dimanche en mémoire de Toi
Je songeais aux erreurs commises des siècles durant te
concernant et à ta bienveillance qui a traversé le temps malgré tout
Je pensais à ce voyage entrepris entre le Ciel et la terre, à
cet aller-retour permanent de Ton souffle qui nous fait à jamais saisir la
verticalité et l’horizontalité de ta présence en nous
Je me suis accroupie pour rendre grâce en me demandant ce que
j’allais faire de toi une fois que je t’aurai ramassé
J’étais heureuse de t’avoir trouvé
Dans quelle pièce, à quelle place allais-je te poser ?
Pensées futiles…
Puis, agenouillée, je t’ai enfin saisi
En te tenant dans la main, j’ai compris notre misère ;
vouloir t’enfermer dans nos vies parfois rabougries par manque de confiance et
attendre sans désir on ne sait plus trop quoi, vainement
Pensées inutiles…
Alors, ce proverbe s’est mis à danser en boucle dans la
tête :
« Il
y a plus de plaisir à donner qu’à recevoir, Il y a plus de plaisir à donner
qu’à recevoir … »
J’ai compris que tu ne m’appartenais pas
J’ai souri
J’ai senti l’envie du partage même s’il n’y avait personne sur
la rive ce jour-là
Je me suis demandée qui te cherchait vraiment
Ça m’a fait réfléchir à mon rôle dans cette histoire, à ma
mission, à l’imperceptible force que tu m’as offerte pour transmettre
Et comme je savais que tu attendais patiemment chacun d’entre
nous, je t’ai attrapé, je t’ai embrassé délicatement et je t’ai lancé loin, de
toutes mes forces, dans les remous de la rivière pour te délivrer de la prison
de mes mains, de mon égoïsme, de mon désir de possession, pour que ton voyage
se poursuivre, espérant qu’une autre âme à la dérive te voit, et, comme moi te
fasse peu à peu totalement confiance en s’amarrant définitivement à ta puissante
racine …
Annick SB juillet 2026

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