Les sanglots longs d’une nuit sur le Mont Chauve ...




Rafal Olbinski



Quand les nuages aux couleurs lentes et sages inonderont mes paupières par l’annonce de ta disparition
Quand les images sépias et rouges peineront à prendre leur envol
Quand il n y aura plus rien que toi dans mes pensées
Sans faucille, sans marteau
Rien que ta vie, ton récit
Rien que ta moustache aussi
Rien que le souvenir de ton regard acier, dur, froid et néanmoins fragile
Quand tu ne seras plus là
Je me souviendrai de tes genoux et du plaisir que nous avions à écouter Mussorgski les samedis ou les dimanches dans le calme apparent d’une journée familiale
Les battements des cymbales me feront oublier tous nos malentendus
Et l’archer fou et fougueux me plongera dans cette émotion enfantine quasi divine de la découverte du son de l’orchestre qui trépigne
Comment enfant de misère as-tu pu gravir l’échelle ?
Qui t’a aidé ?
Qui peux-tu remercier pour tant de grâce, toi qui ne crois en rien ?
Tu as laissé sur ton passage ces morceaux de culture qui ont fait notre force et animé notre curiosité
Ainsi  que le grand secret  enfoui dans ton cœur, celui d’une Justice des hommes, inatteignable
Comment as-tu fait, sans frémir, pour lutter contre tant d’injustices, de doutes, d’ignominies, te trompant je crois de cible et de combat et fidèle à l’idée que tu te faisais du bien ?
T’es-tu posé les bonnes questions ?
Alors, je te le demande, qu’est ce que le Sabbat pour toi qui refuse encore et toujours  la Foi ?
A la septième minute de l’écoute, mon cœur battra plus lentement.
La peur aura cessé.
J’espère te retrouver, oh mon père, dans ces nuages bleus, infinis et douillets pour écouter encore, comme dans le temps « Une nuit sur le Mont chauve » en souriant…

Annick SB       janvier 2019