Fait main...

 



Avec beaucoup de soin, Mattéo a déposé les cartons dans la cinquantaine de petits flacons de verre qu’ils avaient commandé le mois dernier.

Véronique les a fermés avec un bouchon de liège et a collé une étiquette ornée d’un cœur rouge sur chaque récipient.

Ils ont tenu à créer eux-mêmes ces faire-part originaux, vu la longue attente qui a précédé cette naissance, pour faire participer leur famille et amis à leur immense joie débordante. Ils n’ont pas oublié de noter l’adresse du service de fécondation in vitro de leur région.

Tous vont savoir l’heureux dénouement de cette péripétie angoissante…

Ils sont ravis, heureux, aimants, complices.

Pendant la sieste de ses deux amours, Mattéo ira poster les enveloppes garnies.

Ils imaginent la tête de Mamette Angèle à l’ouverture du paquet et le coup de téléphone qui suivra :  une vraie partie de plaisir !



Nous avons l’immense joie de vous annoncer la naissance d’Angelo,

le 5 mai 2021 à 12 h 30.

Véronique et Mattéo Esperenzi  -  5 avenue Thiers   -  06000 Nice   -


Il faudra tenir encore quelques jours avant la visite ; ils lui font confiance pour cela et sont sûrs que des jolis chaussons les attendront !

 

Annick SB   mai 2021


Défi de Ghislaine : Clic !


La photo...

 


 

Elle serre sur son cœur la photo du bonheur…

 

Madame Angèle Pomponi trône sur sa grande chaise de bois. Cela fait longtemps déjà qu’elle séjourne là et même si elle a encore toute sa tête, ses jambes ne suivent plus les farandoles de son cœur.

Se prend-elle pour une princesse ou une reine, elle, l’ancienne couturière capable de confectionner des tenues apprêtées qui font rêver les fillettes de l’école voisine ?

On ne le saura jamais, car elle refuse de parler !

Elle passe ses journées à lire.

Ce matin, pourtant, elle a laissé l’ouvrage sur la table de chevet et a sorti les cadres ; ce n’est pas le splendide paysage qu’elle admire, non, ce sont les visages des personnes qu’elle chérit.

Son époux, parti sans crier gare il y a quelques mois déjà. Une vilaine grippe parait-il.

Sa sœur qui vit si loin, ses enfants qui viennent de temps à autre la visiter.


Madame Angèle Pomponi trône sur sa grande chaise de bois et sourit.

Le cadre qu’elle porte contre son cœur, c’est moi !

Moi, je suis le bébé, celui qui vient de naître et qu’on n’attendait plus.

Moi je suis le nouveau, le paisible, le tout beau.

Moi, je suis l’espérance, la confiance, le roudoudou, le tout doux, le tendre, le lapin, le câlin.

Moi je suis celui que l’on n’espérait plus et qui vient pourtant d’arriver la semaine dernière dans le foyer de sa petite fille chérie.

 

Elle serre sur sa poitrine la photo du bonheur, de ce petit Angelo déjà cher à son cœur…

 

Annick SB     Mai 2021


Thème d'écriture chez Ghislaine : Clic ! 

 

 


Je souffle...



 



Je souffle et je lance dans le ciel des bulles de savon de taille différentes qui n’éclatent pas toutes en même temps

Liberté de conscience

Conscience d’un malaise

Malaise dans la civilisation

Mes pensées tournent en rond

Mes prières s’élèvent…

 

L’état de mon cœur au réveil varie

D’un nuage à l’autre, le ciel me surprend

 

Souffler pour atteindre

Souffler en rêvant

Souffler en priant

 

Ce matin, j’ai cru manquer d’air pourtant

J’ai eu froid sur le balcon 

Mon souffle était court

Les enfants ne sautillaient plus dans la rue

Il n’y a pas d’école

Nous commémorons une important réconciliation qui me parait vaine, lointaine, tant le monde est fou encore et toujours

Liberté, es-tu là ?

La guerre a changé de camp

Le ciel est gris

On dirait un ciel de cendres

La nation est en deuil

Nos mots sont ivres et coincés dans nos intérieurs confinés

 

J’ai toujours fait des bulles

Je souffle du haut de mon balcon

Je souffle comme on sème

Ce matin encore je pense à toi, je pense à vous

J’ai froid

Je regarde les bulles lumineuses et bien rondes s’envoler et claquer dans l’air

À chaque bulle une pensée

À chaque bulle une prière

Comme un rituel d’envol

 

Toi, accro au champagne, qui t’enivre parfois jusqu’à perdre la raison, coincée dans ton mal-être, je pense à toi

Toi, la mémé fatiguée, accro aux aiguilles qui tricote jour et nuit et égrène les mailles comme les perles d’un chapelet, je pense à toi

Toi, la lingère au chômage que les piles de draps des hôtels désertés n’attendent plus, je pense à toi

Toi l’agent de sécurité du centre commercial fermé, je pense à toi

Toi qui as envie d’écrire mais trouve la page trop blanche pour être souillée par ta détresse intérieure, je pense à toi

Toi, le policier qui bientôt travaillera en armure tant le monde est devenu fou, je pense à toi

Oui je pense à vous et prie pour que votre vie, vos envies, vos passions, votre raison deviennent légères et que les bulles que je lance à l’infini éclatent de rire, retombent comme un tapis de mousse qui accueillera vos rêves les plus doux …

 

Annick SB    8 mai 2021


Thème d'écriture chez Emilie : Clic ! 


En avant la musique nostalgique avec Serge Reggiani ...

 







On était là tous les deux, seuls et j'avais peur et j'avais froid.
Il ne pleuvait pas mais mes larmes pourtant mouillaient le carrelage de la chambre d'enfant sage. Il était une fois l'enfance, les histoires d'adultes qui la brise sans le savoir....


Rendez-vous au 1er juin pour une autre écoute.

Et bien sur, si vous le souhaitez, faites moi découvrir vos ziques préférées en insérant les liens dans les commentaires !


En toute simplicité...





 Rembrandt Clic!  


Madame remet du bois dans le feu.

Pour ce faire, elle s’agenouille.

Elle est maladroite, enfin, c’est ce que monsieur lui dit souvent.

Elle n’aime pas les reproches, mais garde le silence lorsqu’ils adviennent, car elle est lasse des disputes et son esprit est ailleurs.


Madame remet du bois dans le feu.

Elle ne veut pas que son époux attrape un rhume ou une bronchite.

Elle le sait fragile.

Le froid est présent aujourd’hui.

C’est dans cette grande pièce que monsieur passe chaque jour des heures en profondes réflexions.

Il voudrait être sage.

Non pas comme une image, mais comme le roi Salomon.

Il est contrarié, car il n’y arrive pas.

Elle l’a bien vu ce matin encore dès leur réveil.

Sa tête était chiffonnée par ses mauvaises pensées.


Madame remet du bois dans le feu.

Veut-elle se faire pardonner ou souhaite-t-elle protéger monsieur en étant si précautionneuse?

Hier, elle lisant la Bible, elle a corné une page.

Cela n’a pas plu à monsieur qui n’a de philosophe que le nom !

Il a pesté.

Elle est sortie.

Parfois, trop c’est trop !

Il est le premier quand il s’agit de jongler avec les idées, mais c’est plus délicat pour lui de les mettre en pratique à la maison.

Il proclame souvent à qui veut bien l’entendre :

 

Vérité où te caches-tu?

Pardon, quel est ton ressort?

Espoir, t’es-tu envolé?

Souffrance, es-tu nécessaire?

Amours, n’êtes-vous que passagères?

Et Toi Seigneur, dis, quand reviendras-tu?

 

Et toute la journée il marmonne, il ronchonne…

Il est en proie à des tourments.

Il cherche, s’époumone à essaimer sa vérité et ne retombe jamais sur ses pieds.

Ses idées s’entrechoquent et la sagesse peine à se faufiler dans ses pensées liées à quelques auteurs du passé.

Il reste chagriné.

Il le sait.

C’est épouvantable.

Et puis la présence de madame à ses côtés, toujours sourire, toujours en paix est parfois lourde à supporter ; elle ne le fait exprès mais il pense parfois qu’elle le nargue avec sa joie renouvelée.

Quand il a découvert la page cornée, il a senti que cette blessure faite au papier lui était peut-être en fait destinée.

Voir cette cicatrice qui ne partira pas le rend triste certes, mais il a décidé de lire toute la page et de se laisser guider.

Il est comme ça monsieur, à la fois matérialiste et en même temps idéaliste, on le sait.

On pourrait penser qu’il reste attaché plus à l’objet qu’aux paroles prononcées.

Mais cette Bible leur a été offerte pour leur mariage.

C’était une belle noce et il aime toujours madame, alors se pourrait-il que cette page abimée soir le reflet d’une douce pensée cachée qui ne demande qu’à émerger ?

 

Madame remet du bois dans le feu.

Elle se moque un peu de la page cornée et trouve que monsieur exagère d’en faire toute une histoire.

Ce qui fait chavirer son cœur à madame, c’est la lecture, l’appropriation de ce que ce livre contient, ni plus ni moins.

Et ce matin, c’est ce verset qui l’a une fois de plus chamboulée, tout en haut d’une page de l’épître aux Éphésiens elle a lu et médité :

 

« En toute humilité et douceur, avec patience, supportez-vous les uns les autres dans l’amour. »

 

Se pourrait-il que nous ne saisissions pas tout à fait notre mission sur terre?

Se pourrait-il que nous perdions notre temps en vaines réflexions et autres insolences face à ce qui nous est véritablement demandé?

Madame remet du bois dans le feu et prie en silence.

« Seigneur, viens aider mon mari à se détacher des objets à se concentrer davantage sur ce que Tu attends de nous ; libère-le de la sensation de perte et ravive tout simplement notre amour… »

 

Annick SB    avril 2021


Thème en image chez Adamante : Clic !