Ma cocotte ...




Je plie la feuille en deux
Tu fermes les yeux
Tu te plies en quatre pour faire oublier les chaînes qui brisent ton cœur, qui tétanisent ton âme
La vie t’a marquée
Tu as voulu devenir lisse, te confondre avec le vide et malgré tout ça, le trop-plein  a dérapé dans tout ton être
Un grain de sable dans l’engrenage peut-être ?
A moins que ce ne soit plus grave…
Tout est foutu, penses-tu !
Tu as pris la clé des champs en t’enfermant dans un jardin de ronces et tu l’as enterrée sous la motte de terre d’une taupe aveugle qui va avoir du mal à trouver  le coupable
Je plie la feuille à nouveau, sous tes yeux
Je marque la pliure avec l’ongle du pouce en insistant
Ça fait mal, je sais
Pendant que tu pousses des soupirs et que ta bouche s’efface sous le poids du drame, je te regarde et je prie en silence
Dans ton cœur s’emmêlent les idées, les rancœurs, les cris et pour survivre peut-être que tu as choisi le déni
Tu ne sais plus ouvrir ton cœur, tu as peur
Tu t’effaces
Tu as gommé ton être
Ta curiosité
Ta parole
Tu gardes attachée à ton souffle une dernière clé
Tu tardes à trouver ta délivrance mais tu me fais confiance parce que tu m’aimes encore, même si tu ne maitrises pas le temps qui passe, le temps qui bat les cartes et jette les dés

Écoute-moi, crois-moi, la vie vaut la peine d’être vécue malgré les drames et la fureur, malgré les peines et le labeur, malgré les doutes et les peurs, malgré les souvenirs et les souffrances.

Avance ma cocotte, avance…

Annick SB    mai 2018

Consigne d'écriture en image chez Miletune