La vie coule...






La pile de la montre est cassée
J’ai ôté le bracelet
Le temps s’est donc arrêté.
Ce matin, la course de la trotteuse s’est achevée sur une pente douce.
C'est décidé : je vais prendre le temps de vivre ai-je pensé...
Il faudrait évoquer tant de choses, de souvenirs, de paroles pour vous expliquer ce que j’ai véritablement ressenti à cet instant précis ; mais je ne suis pas inspirée pour tout mettre en phrases
Aujourd'hui, je souhaite plonger dans les nuages et flotter

Je n’ai qu’un mot à dire : redécouverte

J’ai tiré le store, ouvert la fenêtre du balcontout doucement
La vie coule, se répète ou s'invente, s'offre à nous
J’ai humé le souffle doux de la brise légère et le parfum sacré des herbes aromatiques que la rosée berçait déjà
Je me suis laissée envelopper par la lumière émergente derrière les toits voisins
Les chants variés des oiseaux sauvages m’ont donné des frissons
Et le coq rapidement a fait entendre sa voix lui aussi
Oh ! Quel bonheur ! Quel bonheur tout ça !

Souvent, je m’improvise sauveuse d’escargots ; je ramasse ceux que je croise sur les trottoirs pour les abriter dans l’herbe ou dans les haies
J'ai six ans dans ma tête
J’ai jeté les miettes de la planche à pain par-dessus le balcon en souriant ; comme si les oiseaux avaient besoin de moi pour se nourrir !
Soudain, et sans savoir pourquoi, j’ai pensé aux personnes qui jettent leurs alliances dans le fleuve, s’enchantant subitement de la distanciation avec le symbole et se désenchantant très vite quand elles constatent que cela ne leur a pas permis d’avancer ; elles ont cru pouvoir constituer la liberté, la dérouler comme le fil d'un yoyo,  alors que la liberté ne se constitue pas, ne se déroule pas, ne se laisse pas enfermer non plus, ne se plie pas aux modes, aux états, aux gouverneurs, aux pressions, aux symboles justement, mais s’acquiert lentement, de manière solitaire dans la réalisation du temps qui passe, de la contrainte à la contenance, de l'habitude à la patience, dans la seule et sublime révélation.

Nouvelle perspective : dans le ciel les oiseaux poursuivent leur vol, par deux, par quatre, ou seuls ; je vais les observer en buvant un café ; ils ne se jettent pas sur les miettes, voilà ce que je constate ; certains crient, d’autre planent, c’est tout
Moi je les regarde
J’ai tant à apprendre !

La veille, comme souvent, la sonnerie du téléphone m’avait agacée ; que d’embrouilles inutiles dans ces vaines conversations, surréalistes parfois, chaque interlocuteur voulant à tout prix défendre un point de vue qui n’a rien d’original, rien de passionnant, rien de singulier ou pire, insister pour vendre un produit dont on n’a que faire !

En revanche les nuages dorés, bleutés, mauves et blancs du ciel qui peu à peu prennent place au loin, sont totalement nouveaux chaque matin, silencieux, paisibles et c’est cette nouveauté qui pourra m’intéresser si je prends le temps de l’accueillir jour après jour

La pile de la montre est cassée
J’ai ôté le bracelet
Je respire
Je me sens libre, heureuse, réconciliée

La vie coule
Je murmure ce verset lentement :

«C’est la bénédiction de l’Éternel qui enrichit, et Il ne la fait suivre d’aucun chagrin.» Proverbe 10 .22

La vie coule et je ne veux plus la mettre en bouteille comme mes certitudes savamment empilées ou mes cris de détresse jadis lancés dans le vide, ni l'oppresser avec un emploi du temps surchargé, non, je ne veux plus tout ça



La vie coule
La vie coule, douce, humble, sacrée, sucrée, salée, bénie et je sais enfin l'apprécier...

Annick SB     juin 2020