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Le voyage du village au hameau pouvait durer toute une
journée en fonction de la météo.
La charrette avançait lentement sur le chemin de montagne.
Le vieux cheval plein de courage, mais sans force, la tirait
péniblement.
Parfois, pour le soulager, Adèle demandait à ses petits de
descendre et d’avancer à pied sur les cailloux. Ils en ramassaient quelques-uns
et les mettaient dans leurs poches. Bien sûr, il ne se prenaient pas pour le
Petit Poucet, mais ils savaient qu’à l’arrivée, une jolie rivière leur permettrait
de faire quelques ricochets avant le souper.
Selon la saison, ils en profitaient pour cueillir un bouquet
de jonquilles, une poignée de mûres ou des branches de houx. ; quel
plaisir ce serait d’offrir tout ça à Mamounette !
Mamounette était la grand-mère la plus extraordinaire qui soit ;
et c’est pour cela qu’une fois par mois ils allaient lui rendre visite avec
grande joie. La famille ne manquait jamais ce rendez-vous. La charrette était
chargée de légumes, de fruits secs, de pelotes de laine, de tout ce qui ferait
le bonheur de la vieille dame.
La mémé habitait une vieille masure isolée à quinze kilomètres
du village. Elle refusait pour l’instant d’aller s’installer dans la bourgade,
prétextant les contacts obligatoires et les conversations inutiles qui allaient
nuire à sa tranquillité ; elle disait toujours, avec une pointe d’exagération
que les langues de vipères du village faisaient un vacarme tonitruant !
Mamounette aimait le café, les crêpes et surtout le silence qu’elle
rompait uniquement à l’aide de son accordéon, hérité de son grand-père roumain et
qui avait fait dansé des milliers de personnes dans les soirées « bals
musette » de jadis.
Mamounette ne cultivait pas la nostalgie et aimait vivre au
jour le jour ; ses souvenirs ne regardaient qu’elle et pourtant, depuis
quelques temps, elle souhaitait transmettre certaines choses à ses petits-enfants.
Des choses de la plus haute importance.
Le problème c’est qu’elle ne savait pas par où commencer …
Ce mois-ci, elle décida de leur raconter un de ces souvenirs
marquants ; elle hésitait encore ; allait-elle commencer par celui
du rideau, du bol ou du poisson.
Elle s’assit donc sur le fauteuil en face du poêle à bois,
ferma les yeux et demanda conseil en joignant les mains…
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