A tout jamais...

 

 




Il était chercheur d’or et moi chercheuse de cœurs

Nous rêvions

Nos rires étaient d'argent et nos sommeils vivants, vivants d'amour

Et quand il faisait froid, je lui parlais des mers de diamants étincelants que les prés et les champs nous offraient 

Et il riait, pressé de remettre les pieds dans l’eau vive pour m’éclabousser

On chantait la lumière à l'unisson, en toute saison

Lui me parlait de rivière, de torrent 

Moi, je fredonnais des airs légers et enivrants comme les petits flocons qui tombent lentement quand souffle la bise l’hiver

 

C'est la faute au pylône s'il n'a pas eu le temps de trouver des pépites

 

J’ai cherché longtemps dans des songes, dans des rêves troublants ce qui pouvait expliquer l'inexplicable, la perte, l'effroi, l'obscurité, le néant

Comme j'aimais le froid, je me suis réfugiée dans des contrées glacées, scintillantes et lumineuses pour souffler, me reposer et cesser cette quête éperdue


C’est ainsi que tout a commencé  

 

Je n'ai rien oublié


Le flou des souvenirs m’a transportée vers des lieux calmes et silencieux

Les traces sont apparues, les unes après les autres

Au début, ça me troublait

C’était comme si je feuilletais un album photo aux pages abimées, échouées sur le sable mouvant des souvenirs qui flottent

Je me noyais 

Je survivais pourtant et atteignais un rivage glacé sur lequel j’ai pu me poser, tel un radeau qui dérive et se jette sur un rocher

La mer sépia ouvrait sa profondeur et s’évaporait sans un mot dans un tourbillon qui soudain ne bougeait plus

Je reprenais mes esprits et j'avançais en flottant

De vagues en vagues, bercée, tout doucement, j'ai pu me recueillir, oui, vieillir, aimer, accueillir ces remontées d’images et de frissons mouillés et salés

Je suis devenue heureuse, malgré tout

Il était chercheur d’or et moi chercheuse de cœurs


J’avance encore ; ma cadence se fait lente, langoureuse, précieuse

Je suis amoureuse à tout jamais…

 

Annick SB    janvier 2025

Résolutions...


Remettre à aujourd'hui ce que j’aurai dû faire la veille (racheter le temps)

Écrire sans tenir le crayon (colorier la grisaille en chuchotant des yeux)

Sourire aux oiseaux du Ciel en leur lançant des graines d'amour (faire germer à feu doux)

Oublier quelques instants la folie du monde (s'agenouiller, se confier)

Lire sans tourner les pages pour persévérer (apprendre avec le cœur)

Unir mes amis dans un rêve (dénicher des trésors dans les nuages et regarder une pluie d'étoiles filantes)

Tirer la langue à celles et ceux qui chipotent (rire à gorge déployée en déminant leur agacement) 

Ignorer les mauvaises pensées (leur tordre le cou, chasser leurs coups et pardonner)

Ordonner aux choses folles de devenir douces (prier)

Naître à nouveau dans l'Espérance (compter sur Lui sans compter) 

Savoir saisir à chaque instant l’invisible (sourire tout le temps)

 

Annick SB    1er janvier 2025


A toi l'honneur !

 

À toi l’honneur!

 

Aujourd’hui, j’ai sept ans. Il parait que c’est l’âge de raison.

C’est ce que grand-mère me répète lorsqu’elle séjourne chez nous!

-        Quand tu auras atteint l’âge de raison, tu pourras… Et patati, et patata!

Elle proclame également qu’elle a sept ans d’âge mental et ça la fait éclater de rire : ce que dit grand-mère a toujours été sacré pour moi, alors je ris aussi!

Elle m’a appris tant de chosesma mémé chérie ! Les deux plus importantes sont lobservation et la patience.

À chaque anniversaire, elle me gâte avec des cadeaux-surprises!

Papa et maman les trouvent souvent bizarres ; ça les regarde ; moi, ils me plaisent toujours.

Cette année, elle n’a pas pu être présente le jour J. mais m’a tout de même offert un gros paquet, arrivé par la Poste il y a quelques jours ; maman me l’a tendu au moment du dessert, mais je n’ai pas voulu l’ouvrir tout de suite.

En effet, ce matin, en terminant notre conversation téléphonique, mémé m’a chuchoté une parole inaudible en me félicitant.

Je ne sais pas très bien si elle a dit « Bonheur » ou « Honneur » ? Peu importe!

Je le lui demanderai le 24 décembre ; il est en effet prévu qu’elle passe Noël chez nous comme toujours. Elle arrive donc dans quelques jours. C’est chouette!

Si je réfléchis bien, les conversations téléphoniques avec grand-mère c’est toujours un peu étrange quand même! Elle utilise des mots désuets, ou chantonne des airs inconnus ; je l’imagine lever les yeux au ciel en reposant son combiné!

Grand-mère adore le ciel et peut parler pendant des heures de ses mystères ; papa et maman eux sont plus terre à terre ! « Ranger », « Manger », « Se dépêcher », voilà le fond de leurs pensées !

Une question traverse mon esprit alors que toute la famille entonne « Joyeux anniversaire !». Pourquoi n’est-elle pas venue comme chaque année dès le début des vacances scolaires pour nous aider à décorer la maison avant la fête ?

La réponse est probablement dans le paquet-cadeau et c’est pour cette raison que, malgré l’insistance de mes parents, et la déception de mes petites sœurs, je n’ai pas voulu l’ouvrir devant toute la famille. Je sens qu’il y a une petite complicité sous roche…

J’ai donc préféré attendre de regagner ma chambre à la fin du dîner.

 

Grand-mère dit que l’enfance, c’est précieux mais que ça passe trop vite ; alors, je prends mon temps. Je savoure chaque seconde en toutes circonstances et tous lieux.

 

Je collectionne les boîtes à chaussures depuis que je suis toute petite ; j’en ai déjà douze !

Elles me permettent de garder mes objets préférés et quelques souvenirs de vacances ainsi que mes poèmes, dessins, plumes, perles, et tout mon matériel d’arts plastiques.

Parfois, je soulève le couvercle de la plus jolie boîte que je possède (c’est moi qui l’ai peinte avec des belles fleurs) et je rêvasse en contemplant tout ce qu’elle contient ; j’imagine que les petits objets s’animent et je les fais même parler !

 

Je suis donc montée dans ma chambre après le repas et j’ai ouvert son cadeau.

Qu’est-ce que grand-mère a bien pu choisir pour moi cette année ?

Après avoir soulevé le papier bulle, j’ai attrapé une enveloppe blanche sur laquelle était écrit en grosses lettres dorées :

À toi l’honneur!

C’est peut-être cela qu'elle m’a dit par téléphone ce matin. A l’intérieur, une jolie carte d’anniversaire classique.

J’ai lentement découvert ce que contenait le paquet en sortant les objets un par un.

 

-          Une feuille A4 de papier doré

-          Un petit rouleau de kraft

-          Du papier aluminium

-          Des tubes de gouache marron, bleu-nuit et gris souris ainsi qu’un large pinceau

-          Une poignée de minuscules galets

-          Un tube de colle forte

-          Un fagot de brindilles

-          Une petite taraïette assortie d’un sachet de lentilles

-          Un peu de mousse qui sent bon la forêt

Et tout au fond du carton, soigneusement emballée, il y avait une vieille boite en bois nouée par un large ruban de velours vert foncé. J’ai précautionneusement détaché le ruban qui a immédiatement regagné les autres ganses et cordons que je garde.

Je les utilise pour confectionner des habits de poupées pour mes petites sœurs et des doudous pour Moustache mon chat.

A l’intérieur de cette boîte, j’ai découvert avec une immense joie, « Le »trésor, « Son » trésor :

Une cinquantaine de précieuses figurines d'argile délicatement enveloppées dans du papier de soie, qui dormaient sur un lit de coton !

 

Je n’en revenais pas ! Grand-mère venait de m’offrir Sa collection !

 

Une fois le tout posé sur le bureau, je me suis allongée sur mon lit, émue et fière, et j’ai fermé les yeux en souriant.

Quel bonheur!

Oui, vraiment, grand-mère s’y connaissait en douces et délicates surprises et cette année encore, j’étais aux anges.

Je l’ai remercié intérieurement pour cette attention si particulière et pour la confiance qu’elle me faisait.

Je répétais en boucle « À toi l’honneur, ! », « A toi l’honneur ! » … » et ça me faisait rire aux larmes.

J’ai rouvert les yeux et ai commencé à imaginer le décor que j’allais fabriquer le lendemain grâce au contenu du cadeau.

J’ai peu de temps mais je vais y arriver. Vous n’allez pas être déçus, car je vais m’appliquer au-delà de ce que vous pouvez imaginer !

Je prends mon rôle très au sérieux.  J’ai sept ans maintenant !

 

Je vais vous dire un secret :

Pour remercier grand-mère de tant d’amour, de tant de bonheur et de confiance, cette fois-ci, le 24 à minuit, c’est moi qui lui tendrai l’Enfant Jésus pour qu'elle le place dans le décor de crèche que je vais confectionner, en lui disant :

            - À toi l’honneur!

Quel bonheur!

 


Annick SB   


La fille du Roi c’est moi...


La fille du Roi c’est moi


Au début, je ne le savais pas

En toute simplicité je vais vous narrer ce qui m’est arrivée avant que je trouve la couronne

C’était il y a longtemps

J’ai aimé les crudités et les baisers, le farniente et les colliers en perles de rocaille qui me donnaient un air stylé

J’ai aimé les rochers et la mer qui s’y frottait ; le sel sur ma peau et l’odeur de la crème à bronzer

(Je détestais les oursins mais ça c’est un détail car on ne m’a jamais forcé à en manger)

J’ai apprécié les poésies classiques, la littérature compliquée, les débats enflammés, la politique, les grasses matinées, 

les rires à gorge déployée

J’ai détesté la force

La vôtre - La leur - Celle qui fait peur,

Celle qui me clouait (je ne sais plus si c’était sur un tapis, sur le coin d’une table ou ailleurs)

J’ai haï vos blagues lourdes, salaces, démesurément ignobles et je voulais presser vos cordes vocales jusqu’à votre dernier souffle pour vous faire taire

Mais je ne l’ai pas fait, c’est vrai, et quelques fois je vous entends encore railler ; alors je bouche mes oreilles pour ne pas crier

J’ai vomi vos gestes déplacés, votre haleine, vos pulsions

Et puis j’ai digéré

S’en m’en rendre compte, sans y être obligée


Un jour, j’ai tellement souffert, que je me suis réveillée et j’ai décidé d’avancer


C’est comme cela que tout a commencé…

D’abord j’ai rêvé

J’ai rêvé que j’étais née dans un Royaume, que j’étais riche du passé et pas seulement blessée, que tout pouvait se transformer, que je n’étais pas obligée

Ensuite j’ai osé

J’ai osé changer mes pensées, couper la tête à ma violence et enterrer vos coups d’épée

Et puis je me suis métamorphosée et j’ai glissé dans le Royaume

La fille du Roi c’est moi

Et en toute simplicité je vais vous narrer mon quotidien depuis que j’ai mis une couronne

*Avancer tout d’abord

Je marche des heures entières à la recherche des détails qui embellissent tout

Les cailloux en forme de cœurs, la mousse humide qui sourit, les colimaçons cachés dans les pierres, les gouttes d’eau transformés en perles, les pistils prêts à décoller, les trèfles de la Trinité, les gouttes de rosée…

Je marche et je chante, en silence, mais constamment

La louange m’habite véritablement

J’ai quelques manies, c’est vrai et je ne les cache pas, bien au contraire car elles deviennent qualité dans ma royauté

*Prier tout doux

*Psalmodier

*Lancer des écorces dans la rivière et les observer s’éloigner

*Garder les pépins des pommes et des poires dans un lieu secret

*Photographier les roses

*Broder

*Ecrire des listes de mots, de titres, de prénoms

*Recopier des versets, celui-là en particulier :

"Je te donnerai les clés du royaume des cieux : ce que tu lieras sur la terre aura été lié au ciel et ce que tu délieras sur la terre aura été délié au ciel."

A ce sujet je tiens à vous dire que mon Royaume est une belle Roseraie : parfum, couleurs, texture des pétales et même quelques fois un petit clin d’œil du Roi, rien que pour moi ; tout y est et bien sûr j'aime le partager !

Vous ne me croyez pas ?

Alors regardez, la voilà la Vérité de mon Royaume enchanté...




Annick SB    09/11/2024


Thème d'écriture chez Laura Vasquez : Raconter une vie

Les vagues frappent...

 


Les vagues frappent

Je ne sais pas si j’avais bu un verre de trop, si j’avais besoin de changer mes lunettes ou si tout simplement je divaguais, choquée et apeurée sur les quais 

Mon regard s'est porté sur la corde ficelle qui tenait le bateau amarré, le muret en ciment qui mentait sur l’âge des passants adossés, la rouille de la chaîne, celle qui déchaine les passions éphémères et qui rouspète quand elle rompt

Les vagues frappent

Les hommes aussi

...

Je ne sais pas si j’ai bu un verre de trop mais j’ai vu double et je suis tombée à la renverse dans la traverse, près du port, abîmée comme le sont les cuisses des péripatéticiennes qui survivent grâce aux persiennes et aux mots doux qu’elles n’entendent jamais

 

J’ai eu envie d’hurler pour toutes les femmes maltraitées

De crier ma rage pour celles qui travaillent sans moufter

Envie que ça déménage, qu'on cesse

Envie aussi de défoncer le crâne de toute cette abjection en caleçon, mais je ne savais pas les prénoms

L’état civil avait caché les listes

Alors je me suis tue

 J'ai avalé mes sanglots et j'ai voulu achever ce qu'ils avaient commencé

J’ai senti ce sentiment vain, qui vint quand on finit de cracher

Le sang que ma bouche tordue ne pouvait contenir s’est dissipé sur le parapet

J’ai vomi

J’ai pleuré

Au son de leurs voix j’ai frémi et désiré partir moi aussi de l’autre côté de la rive

Je voulais les accompagner mais je ne savais pas nager

J’ai inspiré une dernière fois et j’ai plongé dans cette mer acier qui m’a encerclée en silence


Je ne sais pas comment tu as fait pour me repêcher


Je ne sais pas si j’avais bu un verre de trop, si j’avais besoin de changer mes lunettes ou si tout simplement je divaguais, choquée et belle sur les quais

Longtemps après avoir enjambé la passerelle défoncée sur laquelle tu m'avais hissée

Sûre de pouvoir retrouver un jour quelques précieuses traces de ton appui

J'ai lancé un court appel 

De toutes les forces qui me restaient

Dominant la paresse

Effaçant la terreur

J'ai gratté avec mes ongles la petite trace de rouille qui dénotait dans ce lieu maudit en formant un cœur rouillé




Annick SB    novembre 2024